Tueur à la cravateéd. L'école des Loisirs (Médium), 362 p., 2010. 11,50 euros.

 

Ruth Cassel est une ado assez ordinaire en apparence : toujours fourrée sur le net, portable, relations pas toujours évidentes avec son père, si ce n'est un lourd passé familial. La jeune fille vit en effet avec son père et sa petite soeur Bethsabée depuis le décès de leur mère quatre ans plus tôt. Retrouvant une ancienne photo de terminale de ses parents, Ruth constate que son père et sa mère étaient dans la même classe que la soeur jumelle de celle-ci. Ruth ignore tout de cette tante morte l'année où la photo a été prise, assassinée. Cependant, un détail l'ennuie : elle pense reconnaître non pas sa mère au bras de celui qui deviendra son père, mais sa tante. Poussée par une amie peu délicate, la jeune fille publie la photo sur internet, se faisant passée pour son père afin de savoir qui est qui... ne se doutant pas qu'elle vient de réveiller de vieux démons.

L'ouvrage se termine par un carnet de bord. Marie-Aude Murail a en effet tenu un journal en simultanée avec son travail de recherche autour de la construction de ce roman. Elle y fait part de ses interrogations, de ses doutes et autres idées (environ 70 pages).

 

Ce roman est loin d'être mon coup d'essai avec la romancière, dont chaque parution est pour moi une petite fête. Un roman ado, qui plus est un thriller, avec l'été qui approchait... je suis donc partie en vacances avec.

Comme toujours c'est très bien écrit, bien pensé et finement pesé (la partie carnet de bord en témoigne d'ailleurs). Marie-Aude Murail entremêle comme à son habitude rencontres humaines, histoires de familles, amour... ici sur fonds virtuel et meurtrier. Entre la folie "Facebook", "Copains d'avant" et autres site collectifs, Marie-Aude Murail entraîne son lecteur aux côtés de Ruth, adolecente qui ne trouve plus bien sa place entre une soeur dont elle se sent responsable et un père qu'elle n'ose approcher et dont elle va même aller jusqu'à douter. Bref, c'est toujours un vrai plaisir, haletant du fait du genre choisi, bien que j'avoue que ce ne soit pas mon roman préféré de l'auteur.

La seconde partie est de mon point de vue plus sujette à critiques. Si son contenu et la démarche de l'auteur sont tout à fait passionnants et m'ont beaucoup intéressés en tant que fervente lectrice des romans de Murail et bibliothécaire, je me demande quel en sera l'impact chez le lectorat adolescent et ceux qui ne connaissent pas spécialement l'oeuvre de l'auteur. Alors certes, on peut ne pas lire cette partie si on ne le souhaite pas mais cela reste étonnant dans le choix du support. L'ensemble est, vous l'aurez compris, de grande qualité et passionnant pour nous autres adultes... à voir avec les ados...

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